Manderlay
Microsoft's Music Central Connection - 15 February 1996
   Premier fan club francophone au monde dédié à Enya

Les gens sont intrigués par vos habitudes de travail en ermite. Quel est l’intérêt de rester séquestrée pendant des années dans un studio, avec pour seule compagnie son producteur/arrangeur, Nicky Ryan, et sa femme la poète lyrique Roma Ryan?

Enya

L’avantage est que c’est très intime, très personnel et agréable. L’inconvénient est qu’il est difficile de juger le travail objectivement. Si nous ne somme pas sûrs d’une chanson, nous la laissons de côté pendant quelques mois, puis nous y revenons lorsque nous pouvons mieux l’apprécier.

N’avez-vous jamais essayé de solliciter l’opinion d’un tiers ?

Enya

Non. Au début il aurait été dangereux d’inviter quelqu’un d’autre dans le cercle. La musique n’était manifestement pas commerciale, j’avais donc peur de recevoir une opinion négative. Il était préférable pour nous trois de nous unir et d’y croire.

Des goûts différents mènent-ils à de nombreux échanges entre vous et Nicky ?

Enya

Oui. Mes influences musicales proviennent de la musique traditionnelle irlandaise, en passant par le classique et la musique d’église. Les goûts de Nick tournent plus auour des Beach Boys, Phil Spector et les Beatles. Et lorsque je lui joue une mélodie, je sais qu’il entend un arrangement complètement différent de celui que j’entends. La règle d’or est que nous testons toutes les idées. La chose la plus importante est de mettre en valeur la mélodie, car j’ai besoin d’une longue période pour trouver une mélodie.

Vous n’êtes donc pas un compositeur prolifique ?

Enya

Durant les deux ans passés à écrire au studio, j’ai seulement écrit ce qui se trouve sur l’album. Il n’est pas question de remettre 30 chansons à plus tard Lorsque je joue cette première note, je sais que c’est la mélodie que je cherchais, mais j’ai passé beaucoup de temps au studio à en arriver à ce stade. Je dois me discipliner pour aller au studio, jouer du piano et chanter jusqu’à ce que je trouve une mélodie.

Etes-vous satisfaite de ce rythme de travail ?

Enya

J’aime ce rythme de travail car le critère de ma musique est avant tout la qualité. Et on ne peut obtenir cela si l’on n’a pas le temps. Ainsi, bien que la maison de disque aimerait qu’Enya enregistre tous les jours, ce n’est pas possible. La musique en souffrirait et je ne pourrais supporter cela.

Lorsque vous trouvez une mélodie, savez vous dès le départ à quoi ressemblera la chanson une fois terminée ?

Enya

Non, cela prend du temps. Je trouve cela vraiment excitant. Nous travaillons avec la voix comme un instrument. A chaque fois que je chante, c’est différent, on ne sait donc pas quel sera le résultat final. Parfois, nous enregistrons 100 vocalises sur une piste, nous l’écoutons, décidons que ça ne convient pas à la chanson et l’effaçons tout simplement. On doit alors faire marche arrière et se concentrer de nouveau sur la mélodie.

Votre musique est très personnelle, pourtant vous n’écrivez jamais les paroles. Comment vous et Roma trouvez-vous la même longueur d’onde émotionnelle ?

Enya

Cela remonte à la bande sonore “The Celts,'' de la BBC sur laquelle je travaillais. Ce n’était que de l’instrumental mais ils ont ensuite voulu une chanson avec des paroles. Je n’avais pas du tout envie de faire cela. Je vivais chez les Ryan en ce temps là, et Roma est venue au studio et écrivit des poèmes. C’était une entente naturelle. Elle a entendu la première mélodie que j’avais écrite et me connaissais aussi personnellement. Roma peut entendre ce que j’essaie de transmettre avec ma mélodie. Je n’ai même pas à suggérer de titre. Elle entend les paroles qui conviennent à mes émotions.

Parce que vous jouez de plusieurs instruments et vous appuyez sur de multiples vocalises, reproduire votre musique sur scène semble impossible. Est-ce la raison pour laquelle vous ne faites pas de tournée?

Enya

Se sentir imprégnée par la musique en studio est un instant de vie si merveilleux ; le problème c’est je ne sais pas comment le retranscrire en concert. Nous discutons d’une tentative de concert, d’un concert unique en son genre, avec un orchestre, un choeur et de la science moderne. C’est possible, mais en trouver le temps est aussi un problème.

Le trac entre-t-il aussi en jeux?

Enya

Non. J’ai été sur scène pendant deux ans pour une tournée très intense en Europe (avec la troupe familiale Clannad) et cela me manque. J’ai beaucoup aimé me perdre dans la musique, partager ce sentiment avec un public et recueillir leur réaction immédiate. Je suis très individuelle au studio, mais une fois que j’ai une chanson, j’ai envie de la faire partager.

Votre éducation catholique a t-elle influencée votre musique ?

Enya

Lorsqu’on est élevé comme un catholique, il est très difficile de l’oublier. J’ai tiré de notre religion ce que je désirais. Je trouve le côté spirituel très reposant, et j’apprécie énormément les hymnes.

Et quels sont les éléments de la culture irlandaise influençant votre travail ?

Enya

Je m’inspire de ce sens mélancolique de la culture irlandaise. Il se trouve dans chacune de mes mélodies, y compris dans les mélodies « uptempo ». Cela fait simplement partie intégrante de la culture irlandaise, tout comme notre passion pour la littérature et la musique. C’est une tristesse, mais non déprimante.

Qu’écoutez-vous lorsque vous ne travaillez pas ?

Enya

Pendant l’album, j’écoutais du Rachmaninov. Mais lorsqu’on travaille constamment dans la musique, en écouter est la dernière chose dont on a envie. Je préfèrerais me promener et laisser la musique de côté pendant un moment. Je n’ai pas une très grande collection de CDs. Avant, je n’avais pas un seul cd, mais petit à petit je prends le temps de trouver des CDs, classiques la plupart du temps.

Est-il important pour vous que votre musique vous survit ?

Enya

Mes musiques classiques et irlandaises favorites ont survécu tant d’années après la disparition de leur compositeur, alors oui, ce serait merveilleux.

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